
Biographie de Laurent TruguetLaurent-Jean-François Truguet, comte. (10 janvier 1752-1839), né et mort à Toulon. La jeunesse jusqu'à la RévolutionD'origine aristocratique, Laurent de Truguet, fils d'un chef d'escadre, entre dans les gardes de la marine en 1765. Il navigue successivement sur l'Hirondelle, la Provence, l'Atalante, la Pléiade et la Chimère. Il obtint plusieurs prix, décernés par Louis XV aux gardes les plus instruits. Il est enseigne de vaisseau en 1773 et avait déjà fait huit campagnes en 1778, lors de la déclaration de guerre à l'Angleterre. Lors de la guerre d'Amérique, il sert sur la frégate l'Atalante puis le vaisseau l'Hector sous le comte d'Estaing et participe au combat de Sainte Lucie. Lieutenant de vaisseau en 1779, bien que lui-même grièvement blessé, il sauve la vie de l'amiral d'Estaing lors de l'attaque terrestre de Savannah, ce qui lui vaut d'être décoré chevalier de Saint Louis. Sur le Languedoc puis le Citoyen, il participe aux différents combats des escadres Guichen puis de Grasse (bataille de la Chesapeake, prise de Saint Christophe, bataille des Saintes). Major de Vaisseau en 1784, il coopéra aux travaux imposés à M. Choiseuil-Gouffier, ambassadeur à Constantinople, et était chargé d'instruire les Turcs dans l'art des fortifications, de l'artillerie, de la fonderie, de la construction des vaisseaux, etc. Truguet commanda un brick, le Torleton, avec lequel il releva l'hydrographie des Dardannelles en 1785 et 1786. Il publia en 1787 à Constantinople, un "Traité de Marine". Sous la RévolutionDe retour en France en 1789, il fut envoyé à Brest en 1790 pour y prendre le commandement d'une frégate destinée à une mission que les événements empêchèrent. Il fit alors un voyage en Angleterre pour y compléter ses connaissances nautiques. Capitaine de vaisseau le 1er janvier 1792, il fut élevé dès juillet suivant au grade de contre-amiral, et reçut le commandement des forces navales de la Méditerranée avec pavillon sur le vaisseau le Tonnant. Il bombarda Nice, Villefranche et Oneille, tandis que le général Montesquiou s'emparait de la Savoie. Il fut chargé cette même année de coopérer, avec sa flotte, à la conquête de l'île de Sardaigne ; il se disposait à bombarder Cagliari, lorsqu'une insurrection éclata parmi les troupes de débarquement ce qui l'obligea à lever le siège et à les rembarquer. Passant par la Corse, il fut reçu par la famille Bonaparte et noua un début d'idylle avec Elisa, soeur du futur Empereur. Il garda toujours des relations proches de la famille de Napoléon. De retour à Toulon en mars 1793, il se rendit à Paris ; il obtint l'adoption d'un Code pénal maritime destiné à prévenir désormais insurrections et mutinerie mais qui provoquera bien des remous dans les ports. Il est destitué à la suite de la journée du 31 mai et emprisonné lors de la publication de la loi des suspects. Il est libéré le 9 Thermidor. Il est promu vice-amiral en 1795 et ministre de la Marine du Directoire de novembre 1795 à juillet 1797. Pendant ses deux années de ministère, il rétablit la discipline et un peu d'ordre dans les ports et arsenaux; il rappela des anciens officiers écartés par les événements politiques. Sur pression du général Hoche, il présenta au Directoire, le projet d'expédition d'Irlande, avec Morard de Galle comme commandant des forces maritimes. Cette opération sera un fiasco complet. Il organisa et envoya dans l'Océan Indien la division de frégates sous les ordres de Sercey. Il s'efforce de faire respecter dans les colonies le décret d'abolition de l'esclavage de 1794, appuie la création d'un collège destiné aux enfants noirs et métis près de Paris; ce collège accueillera notamment les fils de Toussaint Louverture. Il sera fermé par Decrès en 1802. Truguet prend aussi l'initiative de faire rédiger un nouveau règlement de tactique navale qui sera adopté en l'an V. Il rompt avec les conceptions exclusivement défensive du règlement de 1769. Il officialise et systématise la constitution d'une escadre légère d'attaque au sein de chaque flotte. Ce règlement sera complété par celui de l'an IX que Truguet inspirera aussi. Lors du remaniement ministériel qui prépare le coup d'Etat du 18 fructidor an V (4 septembre 1797), il est remplacé par Georges-René Pléville Le Pelley. Il reçoit toutefois l'Ambassade de France en Espagne, mais est rayé des cadres sous prétexte de n'être pas rentré assez rapidement en France à la fin de ses fonctions, en fait, Talleyrand, ministre des affaires étrangères dont Truguet a contré certaines malversations en Espagne, utilise ce moyen pour l'écarter de la scène politique. Exilé en Hollande, il y resta neuf mois. A son retour d'Egypte, Napoléon Bonaparte lui offrit le ministère de la marine, qu'il refusa ; il fut nommé conseiller d'Etat le 20 septembre 1801. Il rédige quatre rapports pour le Premier Consul proposant une réorganisation de la marine et surtout prend fortement position contre la re-légalisation de l'esclavage au nom de ses solides convictions républicaines: il considère l'égalité comme un aquis fondamental. Il est probablement le seul officiel à le faire et à oser s'opposer à Bonaparte sur ce point. Il est violemment attaqué par les partisans du retour à l'ordre ancien dans les colonies. Ses prises de position courageuses sont tournées en dérision et le Premier Consul le réprimande fortement. En 1802, il reçut le commandement de l'armée navale combinée, réunie à Cadix, avec le titre éminent damiral en chef. A son pavillon amiral devaient se rallier les escadres de Linois, de Gantheaume et de Bedout. La paix d'Amiens ramena l'amiral à Paris. L'EmpireA la reprise de la guerre, Bonaparte confia à Truguet l'organisation et le commandement de l'armée navale de Brest avec pavillon sur l'Alexandre, puis le Vengeur. En 1804, tout en faisant consciencieusement signer une pétition "spontanée" à toute sa flotte, à l'image de ce qui se faisait alors dans toute l'armée, pour demander une couronne impériale pour Bonaparte, Truguet pris publiquement position contre l'établissement de l'Empire dans une lettre devenue historique. Ceci lui valut alors cinq ans de disgrâce sévère, avec perte de tous ses titres et déchéance de la légion d'honneur. En 1809, l'Empereur l'appela toutefois au commandement des débris de l'escadre rassemblée à Rochefort, après le désastre de l'attaque des brûlots anglais dans la rade de l'île d'Aix. L'année suivante, Napoléon lui confia la haute administration maritime de la Hollande. Repoussé par l'invasion étrangère, Truguet fut un des derniers à quitter le poste qui lui avait été confié. Sous la MonarchieL'amiral Truguet revint alors à Paris où Louis XVIII le rétablit en activité de service à la tête du corps de la marine, et le créa grand-croix de la Légion d'honneur. Pendant les Cent-Jours, il ne reçut de Napoléon ni mission, ni faveurs. A la seconde Restauration, il fut chargé du commandement supérieur de Brest, et reçut l'ordre de préserver l'arsenal de cette ville de l'occupation des troupes étrangères qui s'en approchaient. Il y réussit, et, en récompense, Louis XVIII lui conféra la dignité de grand'croix de l'ordre de Saint-Louis, le titre de comte, celui de pair de France (le 5 mai 1819). A la suite de la révolution de Juillet, Truguet fut élevé à la plus haute dignité de la marine, celle de Grand Amiral, titre équivalent à celui de maréchal de France. Il est mort en 1839, âgé de 87 ans. Le BilanCertainement l'un des marins français les plus compétents de sa génération, Truguet, pourtant d'origine aristocratique, fut un républicain convaincu. Il fut un ministre efficace pour rétablir un peu d'ordre dans la marine après les excès de la Terreur. En revanche, il porte une part certaine de co-responsabilité dans le fiasco de l'expédition d'Irlande Hoche / Morard de Galle. Ses prises de position courageuses - ils ne furent pas nombreux ceux qui ayant des responsabilités importantes osèrent s'opposer à la re-légalisation de l'esclavage dans les colonies ou à l'établissement de l'Empire - lui valurent des relations complexes et souvent orageuses avec Napoléon qui le considérait toutefois comme l'un de ses meilleurs amiraux et qui fit appel à lui pour des missions de confiance dans des circonstances difficiles. Il est sur l'Arc de Triomphe Sources
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